by Lazy Artist

Avez-vous une bonne compétence interculturelle ?

Dans un monde globalisé comme le nôtre, une bonne compétence interculturelle est un atout majeur. Malgré cela et comme le constatent Brinkman et Van Weerdenburg, « le besoin de compétence interculturelle chez les professionnels travaillant entre plusieurs pays est largement sous-estimé » (p.99 ; « The need for intercultural competence development for today’s global professionals is widely underestimated »)1.

De quoi parle-t-on exactement ? La compétence interculturelle est la capacité à gérer efficacement les situations de contact entre individus issus de cultures différentes. Plusieurs termes ont pu lui être associés comme l’habilité d’adaptation interculturelle, la sensitivité interculturelle, la communication interculturelle, etc. Chacun de ces termes (compétence interculturelle compris !) incorpore une partie du concept, d’où notre choix d’une définition large.

Voyons ensemble comment se construit notre compétence interculturelle (CI), les qualités personnelles qui la sous-tendent et comment la développer.

La construction de notre compétence interculturelle

L’un des modèles théoriques les plus influents pour décrire le développement de notre CI repose sur l’approche constructiviste de Milton J. Bennett : le Developmental Model of Intercultural Sensitivity (DMIS)2. L’auteur propose six étapes à gravir pour passer d’un mode de pensée monoculturel à un mode de pensée multiculturel. Dans l’ordre : le déni, la défense, la minimalisation, l’acceptation, l’adaptation et l’intégration, comme illustré par la figure ci-dessous. Détaillons ces étapes.

1. Déni

A ce stade, les différences interculturelles nous sont inconnues. La réalité est reflétée uniquement par le point de vue de notre propre culture.

Pour passer à l’étape supérieure : Nous devons prendre conscience de l’existence d’autres cultures et de ce qui les différencie de la nôtre.

2. Défense

Nous reconnaissons les autres cultures, mais nous nous en méfions, souvent par méconnaissance et à cause de stéréotypes.

Pour passer à l’étape suivante : Nous devons trouver des similarités entre notre propre culture et celle des autres.

3. Minimalisation

Nous minimalisons les différences entre nous et les autres, mais en percevant les valeurs de notre culture comme universelle et sans considérer la vision des cultures étrangères.

Pour passer à l’étape suivante : Nous devons saisir la dimension de ce qui nous différencie des autres et nous y ouvrir.

4. Acceptation

Nous reconnaissons les spécificités des autres cultures et sommes curieux à leur égard. Mais nos faibles connaissances les concernant ne nous permet pas encore de gérer efficacement les situations interculturelles.

Pour passer à l’étape suivante : Nous devons explorer, découvrir et assimiler les différences interculturelles, afin de commencer à comprendre le point de vue des autres cultures.

5. Adaptation

Nous développons de l’empathie à l’égard des autres cultures et sommes capables de voir le monde de leurs points de vue.

Pour passer à l’étape suivante :  Nous devons pousser plus loin l’empathie pour intégrer leurs visions du monde et la nôtre.

6. Intégration

Nous intégrons les éléments de différentes cultures dans notre propre vision du monde et sommes capables changer de point de vue culturel aisément.

Les qualités qui soutiennent notre compétence interculturelle

Gravir les six étapes de l’échelle de Bennett nécessite un réel travail sur soi ; bien plus que beaucoup ne le pensent. Mais plusieurs de nos qualités personnelles peuvent nous aider dans notre ascension, comme le propose une équipe néerlando-américaine3. Les développer et les entretenir constituent le passage obligé pour atteindre une bonne CI.

  • L’empathie culturelle : Nous sommes capables de nous mettre à la place des autres pour essayer de les comprendre, de voir le monde par leurs yeux.
  • L’ouverture d’esprit : Il est important de garder une certaine bienveillance à l’égard des us et coutumes étrangères, de ne pas les juger, mais au contraire de les accepter dans leurs spécificités et leurs différences.
  • La stabilité émotionnelle : Notre capacité à rester calme devant des situations interculturelles difficiles est la première étape pour les comprendre et apprendre d’elles.
  • L’initiative sociale : Faire l’expérience de l’interculturalité nécessite d’aller à la rencontre des autres, d’oser faire ce premier pas.
  • La flexibilité : Les situations de contact interculturel nous poussent à nous adapter rapidement.

Développer sa compétence interculturelle

Au cœur du développement de notre CI se trouve notre capacité à prendre conscience des autres cultures. Ceci doit se faire avec une certaine ouverture d’esprit et la capacité d’accepter la différence. Développer notre sensibilité aux différences interculturelles améliore notre attitude à l’égard des étrangers, mais permet aussi d’améliorer nos aptitudes interculturelles (capacité à communiquer, à se comporter convenablement, etc.) et de mieux les comprendre.

Alvino Fantini4 propose ainsi un modèle A+ASK pour Awarenesse (prise de conscience), Attitudes, Skills (aptitudes) et Knowledges (connaissances). L’auteur y ajoute la maitrise de la langue. Quoiqu’il en soit, et comme illustré ci-dessous, il met bien en avant le rôle central de la prise de conscience dans le développement de notre CI.

Le modèle A+ASK de Fantini
Le modèle A+ASK de Fantini

De nombreuses formations existent pour améliorer sa CI, mais la meilleure école reste le contact. En effet, le meilleur moyen de développer sa CI reste de se confronter à la différence culturelle. L’idéal est bien sûr de rencontrer et d’interagir positivement avec des étrangers. Mais il également possible de faire l’expérience de l’interculturalité par d’autres moyens.

Le plus agréable d’entre eux est certainement de passer par l’art. Chaque culture produit des œuvres artistiques qui la reflète (films, livres, séries, jeux vidéo, etc.) et par lesquelles il est possible d’entrevoir ses spécificités, parfois déroutantes pour nous.

Un autre moyen, plus scolaire, consiste simplement à se renseigner sur les autres cultures et sur les coutumes associées. Par exemple, des ouvrages, comme le célèbre Européens & Japonais de Luís Fróis, recueillent les différences entre la culture japonaise et notre culture européenne.

Conclusion

Dans notre monde globalisé, développer une bonne compétence interculturelle est essentiel, même si cela peut prendre du temps. L’atteinte d’une bonne CI se fonde sur la prise de conscience des différences interculturelles avec bienveillance et ouverture d’esprit.

Si l’apprentissage de ces différences est important (que ce soit par des rencontres, des ouvrages, des productions culturelles, etc.), il est primordial de garder à l’esprit que chaque individu est unique. Même si nous sommes tous influencés par notre culture, nous gardons des particularités individuelles qui nous différencient des autres et qui peuvent nous éloigner fortement du prototype de notre culture. Rester flexibles dans notre évaluation d’autrui peut nous éviter bien des erreurs ! Mais si vous avez lu notre article, Diversité culturelle : existe-t-elle vraiment ?, vous le savez déjà !

Aller plus loin

Références

  1. Brinkman, U., & van Weerdenburg, O. (2014). Intercultural Readiness: Four competencies for working across culture. Hampshire and New York: Palgrave Macmillan.
  2. Bennett, M. J. (1986). A developmental approach to training for intercultural sensitivity. International journal of intercultural relations, 10(2), 179-196. Pour une version plus récente voir : Bennett, M. (2017) Development model of intercultural sensitivity. In Kim, Y (Ed) International encyclopedia of intercultural communication. Wiley
  3. Van Der Zee, K., Van Oudenhoven, J. P., Ponterotto, J. G., & Fietzer, A. W. (2013). Multicultural personality questionnaire: Development of a short form. Journal of Personality Assessment, 95(1), 118–124.
  4. Fantini, A. E. (2000). A central concern: Developing intercultural competence. SIT Occasional Papers Series, 1, 25–42.

2 commentaires sur “Avez-vous une bonne compétence interculturelle ?”

  1. D’autres outils incluent, a cote des traits de personnalite, des elements lies a l’attitude de l’individu face a la situation interculturelle, comme la motivation et l’engagement. L’echelle “ISS” (Intercultural Sensitivity Scale, Chen et Starosta, 2000) cherche a apprecier principalement le cote affectif de la competence interculturelle. L’outil releve cinq dimensions liees a l’interaction interculturelle reussie : l’engagement, le respect face aux differences culturelles, la confiance en soi, le plaisir et l’attention. Un alpha de Cronbach de 0,89 est rapporte par Graf et Harland (2005); l’outil a donc une bonne validite interne.

    1. Merci beaucoup pour ce complément d’information !

      En effet, de nombreux outils existent pour mesurer la compétence interculturelle.
      Pour construire cet article, j’ai dû faire un choix parmi eux. Les trois modèles présentés (DMIS, qualités de Van der Zee et coll., A+ASK) ont été choisi pour la variété de leurs approche et parce qu’ils permettaient, selon moi, de bien illustrer la notion de compétence interculturelle.
      Mais, comme vous le présentez, il en existe d’autres, tout autant intéressants !

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