Le bonheur au travail (1/2) : La recette du bonheur

A l’ère de l’épanouissement personnel et de la réalisation de soi, être heureux au travail est devenu une évidence. Pourtant, seuls 54 % des Français se disent impliqués au travail (rapport Qualtrics Employee Pulse), avec en parallèle des souffrances au travail omniprésentes, 1 salarié sur 4 subit des pressions psychologiques (sondage TNS Sofres-Cegos).

Quels sont les leviers qui permettent aux salariés d’être heureux au travail ?

Vers un nouveau modèle d’entreprise

Le style de management

Selon un sondage effectué par l’ANACT en 2017, 92% des managers estiment qu’il faut faire évoluer les pratiques managériales. En effet, de nouveaux termes fleurissent, tels le slow management, l’intelligence managériale ou encore le manager ego-less. L’objectif est de tendre vers une gestion collaborative en responsabilisant les salariés grâce à une proximité et une organisation libérée.

Certaines entreprises vont même jusqu’à supprimer des postes hiérarchiques, c’est ce qu’avait osé Jean-François Zobrist, ancien DG de Favi, jugeant que par essence, « l’homme est bon ». Son credo : la confiance envers les salariés !

Depuis quelques années, la structure pyramidale laisse progressivement sa place au modèle d’entreprise libérée, démocratisé par Isaac Getz, docteur en psychologie et management.

Parmi les pionniers, la société W.L. Gore, où les leaders sont choisis par leurs propres équipes, qui emploie environ 10 000 personnes à travers le monde avec un CA avoisinant les 2,5 milliards d’euros. Pourtant, l’entreprise est décrite comme «familiale, avec un organigramme assez plat, où la proximité, la solidarité et la simplicité sont extraordinaires », par Patrick Dumoulin, directeur de Great Place to Work (institut qui établit un classement des entreprises où il est agréable de travailler). De nombreuses entreprises suivent ce modèle, Harley Davidson, Chronoflex à Nantes ou encore la biscuiterie Poult à Montauban.

L’idée est de recentrer l’humain au cœur de l’entreprise, et cela passe également par donner un sens au travail effectué.

Le modèle de l’entreprise libérée place l’humain au centre de son organisation et confère à ses salariées davantage d’autonomie.

La qualité du travail

« L’argent ne fait pas le bonheur », l’adage induit que le salaire est évidemment important, mais que trouver un sens à sa vie et notamment à son travail, est tout aussi essentiel.

Selon Estelle Morin, professeure à HEC Montréal, le sens du travail se définit par 6 caractéristiques : l’utilité du travail, la rectitude morale, les occasions d’apprentissage, la qualité des relations avec le management et au sein de l’équipe, ainsi que l’autonomie.

La gouvernance RH a aussi un rôle essentiel par la transmission d’objectifs clairs, en démontrant la finalité du travail et en valorisant la mission du salarié. Donner de la reconnaissance au salarié, c’est aussi libérer son temps de travail.

La flexibilité

La flexibilité du travail tend à se développer. D’après l’étude IFOP réalisée en 2017, sur 1500 salariés sondés, 15% pratiquent le télétravail occasionnellement et 4% régulièrement.

Cette souplesse permet aux salariés de trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Le cabinet d’audit PwC lance même son programme « Flexible Talent Network », qui permet à ses salariés de choisir horaires et jours de congés.
Cette flexibilité tend à miser sur la confiance et l’engagement des salariés.
Ainsi, la qualité de vie au travail est un des facteurs qui garantit le bien-être des salariés.

L’environnement de travail

En 2010, un rapport contenant 10 propositions sur le bien-être et l’efficacité au travail, a été publié par Muriel Pénicaud (ministre du travail), entre autre. Le mot d’ordre est d’assurer la santé et la sécurité des salariés. L’un des rôles du manager RH est d’être en alerte, et de réagir face à d’éventuelles souffrances physiques et/ou psychologiques (cf art. L4121-1 CT).

D’après Pros-Consulte, plateforme téléphonique pour la gestion du stress au travail, l’organisation du travail (40%) et les conflits (37%) sont les deux principaux facteurs de stress au travail. Le dialogue social, permet de garder une proximité avec les salariés et ainsi, d’anticiper les souffrances.

Repenser les espaces de travail favorise également les relations avec les collègues : les open-space sont privilégiés et les lieux de détentes se développent. A l’instar d’Evolis, à Beaucouzé (49), qui propose conciergerie, sport, massage, maison d’assistante maternelle… à ses salariés. L’entreprise a d’ailleurs remporté le trophée 1001 vies d’Harmonie Mutuelle « Bien-être au travail, plus de 50 salariés ». De bonnes relations avec la hiérarchie et les collaborateurs favorisent le bien-être des salariés sur leur lieu de travail.

Différents leviers permettent de garantir le bonheur au travail des salariés. Mais quels en sont les bénéfices pour les employeurs et salariés?

Les intérêts sociaux et économiques

Le développement des soft skills

Instaurer une organisation plus libérée au sein de l’entreprise encourage le sens des responsabilités, le travail en équipe ainsi que la capacité d’organisation.

Ces compétences comportementales sont aujourd’hui autant recherchées, voire plus, que les qualités techniques. Développer ces compétences peut amener également une diminution des souffrances au travail.

La prévention des risques psycho-sociaux (RPS)

On distingue 6 facteurs qui mènent aux RPS : les exigences au travail, les exigences émotionnelles, le manque d’autonomie, les mauvais rapports sociaux, les conflits de valeur et l’insécurité de la situation de travail.

6 facteurs mènent à l’émergence des RPS

Depuis la vague de suicides vécue chez France Telecom en 2008, une prise de conscience a émergée. L’entreprise se doit effectivement de prendre en compte ces différents facteurs afin de prévenir les souffrances des salariés.

Le climat social devient plus positif avec des salariés responsabilisés et valorisés, ce qui stimule, d’autre part le sentiment d’appartenance. Selon une étude menée par Horizons Workforce Consulting, près des 2/3 des salariés heureux affirment régulièrement redoubler d’efforts dans leur travail.

La performance économique

Des salariés plus impliqués sont notamment plus performants. Une enquête de l’université anglaise de Warwick a prouvé que les salariés heureux étaient 12% plus productifs que les autres salariés. En effet, « On a longtemps cru que la performance générait le bonheur, on s’est trompé : c’est le bonheur qui génère la performance» dixit Alexandre Jost, fondateur de la Fabrique Spinoza.

Alexandre Jost, fondateur de la Fabrique Spinoza, think-tank du bonheur citoyen, est intervenu à l’occasion du 25ième colloque franco-italien co-organisé par l’ANDRH et l’AIDP sur le thème “le Bonheur au travail”.

Citons en exemple, l’entreprise Poult qui décide en 2007 de se réorganiser en supprimant des postes hiérarchiques et en collaborant positivement avec ses salariés. Résultat, entre 2007 et 2010 : la croissance doubla et l’absentéisme chuta de 60%! Intéressant, lorsque l’on sait le coût du stress au travail, en France, a été estimé en 2007, entre 2 et 3 milliards d’euros (selon l’INRS).

Une entreprise productive avec des salariés performants contribuent à véhiculer une bonne image de l’entreprise.

Un levier pour la marque employeur

Un des enjeux RH actuels est d’attirer et de fidéliser les talents, notamment la nouvelle génération. Les salariés heureux vont véhiculer une image positive et, ainsi garantir à l’entreprise une certaine attractivité.

D’ailleurs, l’institut Great Place to Work établit régulièrement un diagnostic des entreprises et délivre un certificat aux sociétés dans lesquelles il est agréable de travailler. (Décathlon, lauréat en 2017, avec un turn over qui est passé de -30% à -55%, de 2015 à 2016).

Nous saisissons à présent les leviers du bonheur au travail, et les enjeux pour les salariés et les entreprises. Une situation qui reste paradoxale, car en dépit de ces initiatives, burn-out, bore-out et brown-out sont en recrudescence.
C’est justement ce que nous aborderons dans la 2ème partie de cet article !

Références

Ouvrages

  • Baudelot C. et Gollac M. (2002). Travailler pour être heureux ? Le bonheur et le travail en France. France, Editions Fayard.
  • Thévenet M. (2004). Le plaisir de travailler.France, Editions d’Organisation.

Vidéos

  • Intervention d’Alexandre Jost, fondateur de la Fabrique Spinoza, think tank du bonheur citoyen – Colloque sur le « bonheur au travail » – 11.10.2014 (youtube)
  • Interview de Julia De Funès, philosophe et diplômée en RH – octobre 2018 (youtube)

Page web

  • https://www.focusrh.com/strategie-rh/mobilite-interne-fidelisation-des-salaries/seuls-54-des-employes-francais-se-disent-impliques-dans-leur-travail-30426.html
  • https://www.lexpress.fr/emploi/gestion-carriere/slow-management-l-eloge-de-la-lenteur_1320200.html
  • http://www.capital.fr/entreprises-marches/favi-l-usine-qui-tourne-sans-chefs-802390
  • https://start.lesechos.fr/rejoindre-une-entreprise/actu-recrutement/l-entreprise-liberee-stade-ultime-du-bonheur-au-travail-9167.php
  • https://www.anact.fr/la-flexibilite-du-temps-de-travail-peut-elle-ameliorer-la-productivite-et-les-conditions-de-travail
  • http://laqvt.fr/bonheur-et-qvt/
  • https://travail-emploi.gouv.fr/ministere/documentation-et-publications-officielles/rapports/article/rapport-sur-le-bien-etre-et-l-efficacite-au-travail-lachmann-larose-penicaud
  • https://travail-emploi.gouv.fr/sante-au-travail/prevention-des-risques-pour-la-sante-au-travail/article/les-rps-c-est-quoi
  • https://start.lesechos.fr/rejoindre-une-entreprise/actu-recrutement/chief-happiness-officer-poste-strategique-ou-poudre-aux-yeux-8851.php
  • http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/03/01/31003-20180301ARTFIG00282-bonheur-au-travail-un-manager-n-est-pas-une-maman.php
  • https://www.cairn.info/revue-management-et-avenir-2014-2-page-164.htm
  • http://tnova.fr/system/contents/files/000/001/242/original/11102016_-_QVT.pdf?1476173895
  • https://www.lepoint.fr/societe/pathologies-liees-au-travail-les-risques-psychosociaux-en-hausse-depuis-dix-ans-04-10-2011-1380779_23.php


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